L'acteur Olivier Lafrance qui incarne Alfred :
Olivier Lafrance, vous incarnez, dans le film d'horreur de Jean-Clément
Gunter, Alfred, le psychopathe "leader" du groupe de psychopathes
qui sévit dans la montagne. Quelle a été votre source
d'inspiration pour ce personnage qui réunit à peu près
tous les vices possibles et (à peine) imaginables ?
Lors de mes premiers entretiens avec le réalisateur, il nous est
tout de suite apparu qu'il fallait s'écarter des clichés habituels
du genre. Alfred n'est pas un Freddy, il ne vit pas au second degré.
Le personnage s'est créé à partir des questions que je
me suis posées sur lui. C'est un homme "loup-garou" qui voit
sa malédiction (le meurtre, la violence) comme une bénédiction
qui lui permet de défier Dieu et les hommes.
Alfred, "père adoptif" de Yves dont il a massacré
les parents à l'aide de ses deux complices, René et Arthur,
entretient une relation ambiguë avec Yves, sans toutefois "consommer"
cette ambiguïté, ce qui est assez étonnant pour un personnage
aussi vicieux. Comment expliquez-vous cela ?
Alfred est un être double. Il est à la fois bestial (primaire
quand il assouvit ses pulsions) et intelligent (il sait ce qu'il fait et pourquoi
il le fait), Yves est un personnage "vierge" et entier. Alfred aimerait
faire de lui son double, un jumeau sur lequel il aurait une emprise totale.
En ce sens, il ne peut pas y avoir de possession charnelle, puisque cela ferait
de Yves une victime, or toutes les victimes, pour Alfred, sont faibles et
doivent mourir.
Quel a été votre contact avec les autres acteurs du
film et comment cette relation a-t-elle évoluée au cours du
tournage qui a duré sept semaines ?
J'ai entretenu de bonnes relations avec tous les comédiens, qui
m'ont permis parfois de déboucher sur des amitiés sincères.
Néanmoins, un film est toujours une entreprise difficile et nous avons
bien sûr vécu quelques petites tensions.
Avez-vous eu besoin, avant chaque scène, ou même durant
la période du tournage, de vous mettre dans un état d'esprit,
une atmosphère ou un environnement particulier pour vous sentir exister
dans la peau de votre personnage ?
Au théâtre, le comédien possède des repères
physiques et temporels qui lui permettent de se mettre en état de jeu.
Au cinéma, l'acteur doit être toujours prêt à tourner.
C'est donc un autre système. Je me suis conditionné avant le
tournage et je suis ensuite devenu Alfred 24h sur 24h, mais je n'ai jamais
tué personne. En fait, je n'entre pas dans la peau d'un personnage,
je laisse le personnage occuper mon corps et s'en servir.
Est-ce que le fait de jouer le rôle d'un psychopathe vous permet
d'exorciser des sentiments de violence ou cette agressivité que nous
portons tous en nous à des degrés divers ? Un tel rôle
peut-il avoir une fonction thérapeutique ?
Je crois que la thérapeutique de la chose se situe plus au niveau
du spectateur qui est à la fois fasciné et dégoûté
par ce personnage qui refuse les lois. Pour l'acteur, c'est un autre point
de vue. Incarner Alfred est pour moi comme jouer un nazi... Professionnellement,
c'est très enrichissant, psychologiquement c'est très difficile
parce qu'un tel être me répugne et me fait peur. C'est là
où le comédien doit se dire : "je" est un autre.
En tant qu'acteur, avez-vous peur d'être catalogué par
la suite dans le seul genre du film d'horreur et de manquer ainsi la possibilité
de jouer dans d'autres registres (drame, comédie, policier, etc.) ?
Ou peut-être souhaitez-vous vous consacrer exclusivement au film d'horreur
?
Aucun acteur ne souhaite être enfermé dans un carcan, mais
s'il faut l'être, je préfère être catalogué
psychopathe plutôt qu'acteur de sitcom (bien que ces acteurs fassent
de l'excellent travail dans des conditions difficiles). Je suis d'abord, par
ma formation, comédien de théâtre et j'y joue une grande
variété de rôles. Je voudrais bien sûr faire de
même à l'écran , mais si pour le cinéma, je dois
rester un "tueur", je ne m'en plaindrai pas, car tourner est une
chance rare et précieuse.
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