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INTERVIEWS DECADENCE

de Muriel Matthey (Janvier 1999)


Jean-Clément Gunter :
Kristian Unell :
Nicole Andenmatten :
Olivier Lafrance :
Nicolas Bickel :
Rick Messon :
Nicolas Siorak :
Rose-Marie Borrani :
L'acteur Olivier Lafrance qui incarne Alfred :


Olivier Lafrance, vous incarnez, dans le film d'horreur de Jean-Clément Gunter, Alfred, le psychopathe "leader" du groupe de psychopathes qui sévit dans la montagne. Quelle a été votre source d'inspiration pour ce personnage qui réunit à peu près tous les vices possibles et (à peine) imaginables ?

Lors de mes premiers entretiens avec le réalisateur, il nous est tout de suite apparu qu'il fallait s'écarter des clichés habituels du genre. Alfred n'est pas un Freddy, il ne vit pas au second degré. Le personnage s'est créé à partir des questions que je me suis posées sur lui. C'est un homme "loup-garou" qui voit sa malédiction (le meurtre, la violence) comme une bénédiction qui lui permet de défier Dieu et les hommes.


Alfred, "père adoptif" de Yves dont il a massacré les parents à l'aide de ses deux complices, René et Arthur, entretient une relation ambiguë avec Yves, sans toutefois "consommer" cette ambiguïté, ce qui est assez étonnant pour un personnage aussi vicieux. Comment expliquez-vous cela ?

Alfred est un être double. Il est à la fois bestial (primaire quand il assouvit ses pulsions) et intelligent (il sait ce qu'il fait et pourquoi il le fait), Yves est un personnage "vierge" et entier. Alfred aimerait faire de lui son double, un jumeau sur lequel il aurait une emprise totale. En ce sens, il ne peut pas y avoir de possession charnelle, puisque cela ferait de Yves une victime, or toutes les victimes, pour Alfred, sont faibles et doivent mourir.
Quel a été votre contact avec les autres acteurs du film et comment cette relation a-t-elle évoluée au cours du tournage qui a duré sept semaines ?

J'ai entretenu de bonnes relations avec tous les comédiens, qui m'ont permis parfois de déboucher sur des amitiés sincères. Néanmoins, un film est toujours une entreprise difficile et nous avons bien sûr vécu quelques petites tensions.


Avez-vous eu besoin, avant chaque scène, ou même durant la période du tournage, de vous mettre dans un état d'esprit, une atmosphère ou un environnement particulier pour vous sentir exister dans la peau de votre personnage ?

Au théâtre, le comédien possède des repères physiques et temporels qui lui permettent de se mettre en état de jeu. Au cinéma, l'acteur doit être toujours prêt à tourner. C'est donc un autre système. Je me suis conditionné avant le tournage et je suis ensuite devenu Alfred 24h sur 24h, mais je n'ai jamais tué personne. En fait, je n'entre pas dans la peau d'un personnage, je laisse le personnage occuper mon corps et s'en servir.


Est-ce que le fait de jouer le rôle d'un psychopathe vous permet d'exorciser des sentiments de violence ou cette agressivité que nous portons tous en nous à des degrés divers ? Un tel rôle peut-il avoir une fonction thérapeutique ?

Je crois que la thérapeutique de la chose se situe plus au niveau du spectateur qui est à la fois fasciné et dégoûté par ce personnage qui refuse les lois. Pour l'acteur, c'est un autre point de vue. Incarner Alfred est pour moi comme jouer un nazi... Professionnellement, c'est très enrichissant, psychologiquement c'est très difficile parce qu'un tel être me répugne et me fait peur. C'est là où le comédien doit se dire : "je" est un autre.


En tant qu'acteur, avez-vous peur d'être catalogué par la suite dans le seul genre du film d'horreur et de manquer ainsi la possibilité de jouer dans d'autres registres (drame, comédie, policier, etc.) ? Ou peut-être souhaitez-vous vous consacrer exclusivement au film d'horreur ?

Aucun acteur ne souhaite être enfermé dans un carcan, mais s'il faut l'être, je préfère être catalogué psychopathe plutôt qu'acteur de sitcom (bien que ces acteurs fassent de l'excellent travail dans des conditions difficiles). Je suis d'abord, par ma formation, comédien de théâtre et j'y joue une grande variété de rôles. Je voudrais bien sûr faire de même à l'écran , mais si pour le cinéma, je dois rester un "tueur", je ne m'en plaindrai pas, car tourner est une chance rare et précieuse.