Le musicien Kristian Unell :
Est-ce que la musique de Décadence joue un rôle particulier
dans la compréhension de l’histoire et des personnages ? En quoi
cette fonction est-elle ou non différente de la bande originale classique
d’un film d’horreur ?
Les thèmes utilisés dans ce film sont liés soit
à une relation entre deux personnes, soit à une ambiance. Il
y a notamment le thème de l’amitié entre Yves et Alfred
qui revient souvent, notamment à un moment très fort où ce thème
est chanté par une voix d’opéra. Dans les thèmes
ambiance, on peut retrouver celui lié aux nombreuses poursuites, ou celui lié aux scènes d’horreur.
Quelle marge de manœuvre avez-vous eue dans la création
de la musique ? Le réalisateur avait-il déjà une idée
précise qu’il vous demandait de réaliser ou avez-vous
eu pleine liberté de créer selon votre sensibilité ?
J'ai eu beaucoup de liberté
quant au genre et style de musique que j’ai écrit. Jean-Clément
m’a essentiellement expliqué quel sentiment ou quelle ambiance
devait ressortir d’une scène, et à moi de l’exprimer
en son ou musique. Certaines musiques tranchent complètement avec ce
que l’image montre, ceci a été fait dans l’optique
de souligner la perception d’un événement (scène
d’horreur) par un acteur précis, plutôt que ce que ressentirait
un spectateur.
Comment et à quelle occasion avez-vous rencontré Jean-Clément
Gunter ?
Je me suis présenté lors du casting, et nous nous sommes
revus plusieurs fois ensuite pendant la pré-production. J’ai
travaillé sur ce film en trois fois en suivant les principaux tournages
et aussi pour les lancements spécifiques faits avant que le film ne
soit encore terminé.
Comment vous êtes-vous entendu avec Jean-Clément Gunter
?
Jean-Clément et moi avons eu un excellent contact. De par mon
expérience au niveau son et technique, j’ai eu l’occasion
de le conseiller sur divers points, ainsi que de lui faire part de mon avis pendant
l’avancement du projet. Il est en effet difficile de juger objectivement
un résultat, et j’ai eu la chance d’occasionnellement jeter
un œil externe à une scène ou un montage.
Qu’est-ce que votre collaboration avec Jean-Clément
Gunter vous a apporté, professionnellement et personnellement ?
Le travail que j’ai fait sur ce film a été très
agréable, car dans aucun film que j’ai fait jusqu’à
présent, la musique n’a eu autant de poids et n'aura été
prise en compte aussi tôt dans la production. Même si, et cela
comme dans tous mes autres projets, le temps imparti se retrouve toujours
raccourci suite au dépassement de temps des phases antérieures
(montage, transferts, changements de montage etc.) La liberté quasi totale dont j’ai disposé et la force
que la musique apporte à certaines scènes, où elle vous
prend les tripes, restent les moments forts de la création, ce qui
me fait aimer ma passion.
En quoi la musique de film se distingue-t-elle de la musique en général
? Quelles en sont les particularités ?
La musique de film a pour but de souligner et d’appuyer un message
que l’image seule parvient rarement à faire passer, un sentiment
d’affection entre des personnes, une pensée pour quelqu’un
qui n’est pas à l’écran lorsque résonne "son"
thème, etc. En introduisant un élément musical effrayant il est possible de
construire un événement : une personne cachée derrière un arbre espionne des passants,
la musique instille une ambiance de suspens jusqu'à ce que la personne surgisse et épouvante les passants.
Une musique de film est en général toujours composée
après que le film ou au moins la partie en question soit montée,
ensuite, le réalisateur et le compositeur décident des débuts
et fins des morceaux, ainsi que de leurs buts. La musique ne doit pas dépasser le film, et reste collée
à ce qui s’y passe. C’est l’inverse du clip vidéo,
ou la musique suffisamment structurée et complète à une
raison d’être sans l’image. Et quand l’image y est
ajoutée, elle le fait en suivant la forme, l’ambiance et l’idée
de la chanson.
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